



« Il était environ 16h, le cortège marchait dans le Boulevard de Strasbourg, dans le 10eme arrondissement. Deux groupes de CRS bloquaient la marche devant nous et dans une rue adjacente, Passage de l’Industrie.
Avant cette heure, j’étais dans le cortège avec un grand groupe de 50 personnes de mon école et des amis, on avait reçu des gaz lacrymogènes sans raison dans les rues, mais mes camarades étaient bien préparés et avaient du sérum physiologique pour nos yeux et des masques. Ainsi donc, vers 16h, je perds le groupe et reste avec un plus petit groupe d’amis, nous sommes 6.
Le cortège se dissipe, on ne sait plus s’il faut avancer ou reculer lorsqu’une manifestante bien protégées (lunettes, masques) nous dit de nous rapprocher du bloc de CRS pour forcer l’accès et reprendre la marche. On l’écoute. Au bout de 3 min à peine, des manifestants jettent des bouteilles en verre au devant du cortège, sur les CRS.
D’un coup une quinzaine de CRS charge le cortège en matraquant des individus au hasard. Mon groupe d’amis et moi étions plus loin mais le temps que l’on se rende compte qu’il fallait fuir, je me suis pris un coup de matraque sur la main. Hématome direct. On est ensuite allé se réfugier dans une boutique avec une amie, on a avait perdu le reste du groupe et on avait vu un de nos amis tomber à terre puis être écrasé par les gens qui couraient. J’ai peu de nouvelles de lui mais je sais qu’il a été tapé 3 fois de suite à la matraque sur le visage, il est tombé à terre inconscient et il a dû s’extirper tout seul de la rue pour regagner son adresse.
D’autres manifestants ont été violemment blessés j’imagine. De mon côté, j’ai retrouvé mes amies indemnes et nous somme allé à Place des Fêtes nous changer les idées.
Les jours qui ont suivis je suis allé voir un médecin puis un radiologue, résultat : fracture à la main droite. Je dois être sous attelle pour un moment et je suis en incapacité de mouvement, d’autant plus que c’est la main avec laquelle j’écris. Les frais médicaux sont chers et il n’est pas facile d’avoir une ordonnance rapidement.
Dorénavant, comment ne pas avoir envie de crier ACAB en les regardant avec haine et tristesse ? Je suis handicapée, heureusement pas trop gravement, mais surtout en colère. »
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