« C’était un défouloir », dénonce Quentin, 18 ans. Le 10 septembre 2025 vers 11h30, le jeune étudiant marche vers le lieu de rendez-vous de la manifestation « Bloquons tout », prévue en début d’après-midi, lorsqu’il est contrôlé avec trois autres personnes au niveau du boulevard Émile Combes par cinq policiers descendant d’une camionnette banalisée, selon lui de la « Bac » (brigade anti-criminalité) d’après leurs écussons. Les fonctionnaires, aux visages dissimulés par des cagoules et cache-cou, se seraient immédiatement montrés agressifs : « Ils nous traitaient de "branleurs", nous secouaient un peu », témoigne Quentin.
Le jeune homme est alors embarqué de force, sans motif selon lui, à bord de la fourgonnette, une Mercedes Vito noire. Dans sa plainte déposée le 26 septembre pour « violences volontaires » et « injure publique » par personne dépositaire de l’autorité publique, mais aussi « enlèvement, séquestration ou détention arbitraire », il dénonce avoir reçu plusieurs coups de poing au visage juste après être monté dans le véhicule, de la part d’un des policiers, passager avant. L’un des manifestants contrôlé, questionné par ViolencesPolicières.fr, confirme le déroulé des faits et affirme l’avoir entendu « crier de douleur » alors que le véhicule démarrait.
Il s’ensuit alors un « déferlement d’insultes et d’humiliations », notamment homophobes, de la part de cinq des six fonctionnaires avec lui dans le véhicule. Au téléphone, il énumère quelque-unes des insultes dont il se souvient : « enlève ton petit vernis d’enculé », « salope » « des branleurs comme toi n’ont pas de droits »… « Ils se coupaient la parole pour m’insulter », ajoute Quentin, qui décrit un véritable « défouloir » durant la dizaine de minutes que durera le trajet.
Pour sa part, Quentin témoigne « vouvoyer » les agents et tenter de « tenir la discussion » pour éviter les violences, sans succès : « Si je répondais un peu trop, [le passager avant] se retournait et tendait son bras armé comme s’il allait me frapper. Plusieurs fois il lançait son coup de poing et s’arrêtait juste avant de me toucher. Il me disait que si j’étais son gosse, il me frapperait », témoigne-t-il. Lorsqu’il se serait plaint des violences qu’il était en train de subir, le groupe se « foutait de [sa] gueule ». « Moi je t’ai pas frappé, j’espère que tu t’en souviendras au tribunal », se serait moqué le policier assis à sa gauche, avant de lui mettre un coup d’épaule. Plusieurs fonctionnaires l’auraient également pris en photo avec, selon lui, leurs téléphones personnels.
Mais au lieu d’être conduit au commissariat, Quentin est ensuite relâché sans plus d'explications sur un rond-point, à deux kilomètres du lieu de l’interpellation. Lorsqu’il essaye de filmer la place d'immatriculation, le passager avant, auteur des principales violences, descend du véhicule et tente de lui arracher son téléphone des mains en lui portant d’autres coups. Alors que Quentin est « recroquevillé au sol », gardant son appareil contre lui, le policier lui aurait frappé la tête contre le bitume. Sur l’enregistrement, on entend le fonctionnaire lui ordonner de « donner son téléphone » et menacer de le « ramener au poste », sous les cris de Quentin, qui fond en larme à la seconde où les fonctionnaires finissent par partir, emportant avec eux son drapeau palestinien.
Il retrouvera l’équipage par hasard, une heure plus tard sur les abords de la manifestation, rigolant et lui faisant « des cœurs avec les mains » aux côtés d’autres policiers de la Bac.
Au moment du contrôle, les policiers auraient également saisi dans un sac-poubelle plusieurs affaires des manifestants (k-way, parapluie, masques de protection). En dehors d’une procédure judiciaire, la confiscation de force ou destruction d'effets personnels sont assimilables à un vol.
La raison du contrôle et de l’interpellation reste pour lui mystérieuse. Les policiers n’ont, selon lui, même pas regardé sa carte d’identité et ne lui ont donné « strictement aucun » motif pour l’emmener. Le concernant, c’était « pour le pur plaisir d’avoir quelqu’un, pour s’amuser avec lui dans la voiture ». Il ajoute : « De ce que la radio disait, ils étaient plusieurs voitures dans les environs, pour trouver des manifestants et les ramener au poste ».
Une autre victime retrouvée par ViolencesPolicieres.fr, interpellée le 10 septembre au niveau de la Place des Lices, dénonce également des insultes « homophobes, transphobes et validistes » en raison, comme Quentin, de vernis qu’il portait sur les ongles. Deux de ses amis embarqués avec lui au commissariat auraient été relâchés immédiatement, dans le seul but, selon eux, de les éloigner de la manifestation.
Suite au dépôt de plainte de Quentin, l'enquête judiciaire a été confiée au service déontologie de la direction zonale de la police nationale Ouest. Début novembre 2025, un rapport du média Flagrant Déni pointait le risque de partialité de ces cellules dépendantes de la hiérarchie locale, et la chute du taux d'élucidation qui accompagne leur montée en force face à l'IGPN.
Sollicités par ViolencesPolicieres.fr, le service communication de la Police nationale et la préfecture d’Ille-et-Vilaine n'ont pas répondu à nos questions, évoquant la procédure judiciaire en cours et renvoyant vers le parquet. Ils n'ont pas non plus indiqué si une procédure administrative avait été ouverte. Également sollicité le 29 décembre, le parquet de Rennes n'a pas donné suite à l'heure de la publication de cet article.




























