N°3445
TOULOUSE, le 08 décembre 2018
Homme gravement blessé par les FDO, son tibia fracturé par un tir de LBD40

Victime
Genre
Homme
Partic.
ManifestantManifestant
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2,2 K vues · 64 réactions | 📌‼️🔴Voilà encore un témoignage hyper poignant de Yann 33 ans de Toulouse ➡️ Voici ci-dessous son récit 🗣️J’ai 33 ans (j’en avais 32 le jour J), né au Mans et à Toulouse depuis environ 6 ans, en reconversion dans la photographie. Je n’avais pas pu participer aux 3 premiers actes des GJ car j’étais à Paris et indisponible les weekends dû à des photos que je devais faire. Le 8 décembre j’étais de retour à Toulouse pour l’acte 4, ma copine était arrivée la veille et on allait pouvoir tester la température de cette nouvelle révolte aux couleurs jaune fluo. Vers 14h00, le cortège de la marche pour le climat a rejoint celui des gilets jaunes sur la place Arnaud Bernard pour ne faire qu’un. Rapidement après le départ, à Compans Caffarelli, ça a commencé à chauffer. La parcours de la manif partait dans un sens qui allait nous éloigner du centre-ville, nous rendre « invisible ». Certains manifestants ont donc essayé d’emprunter des petites rues. La police/CRS/BAC se sont mis en travers, ça a commencé à pousser, dans un sens comme dans l’autre, l’un en réponse à l’autre, puis le schéma classique : gazeuse à main, coups de bouclier/matraque, tirs de lacrymos et grenades de désencerclement/assourdissante. Après plusieurs expériences de manif, j’avais dû me résoudre à investir quelques deniers dans un vrai masque à gaz à cartouches couvrant tout le visage. Dans le simple et unique but de me protéger, ne pas avoir les yeux qui piquent, la peau qui brûle et ne pas être forcé de me soumettre aux bons vouloir des autorités (in)compétentes quand elles le décident ou en reçoivent l’ordre. C’était donc le moment opportun pour le sortir du sac à dos… À chaque tir de lacrymo, j’étais comme un gosse. Je courrais derrière tous les petits blocs cylindriques fumants au sol et les relançais dans la direction des envoyeurs, à la main ou au pied. Je prenais ça vraiment comme un jeu. Je ne blessais, ni mettais la vie de personne en danger, je ne pensais pas être un danger, ni pour la police, ni pour la population, ni pour l’état, ni pour la France, ni pour leur « ordre républicain » où pour ce qu’ils nomment encore « démocratie ». Nous étions au milieu de la route (une dizaine de personne) à jouer au même petit jeu. Bien visible des autorités, pas caché, pas protégé. Je pense que tout le monde voyait ça de la même manière. On ne mettait la vie de personne en danger, nous n’allions pas nous faire tirer dessus. Il y avait bien une petite bande de casseurs mais ils étaient une dizaine aussi et contre les murs, pas en face des CRS comme nous qui étions plutôt inoffensifs, pacifistes et visibles. Le jeu a duré à peine 15min pour moi. Vers 14H30, une nouvelle charge de lacrymos est lancée. Les gens s’activent pour les relancer, un nuage de fumée se forme entre les manifestants et les CRS (environ 20 ou 30m entre nous je pense) et c’est alors que je sens un impact dans le tibia gauche, je m’effondre instantanément au sol. C’est très douloureux et impossible de marcher ni sautiller. Chaque à-coup dans le tibia était comme une décharge électrique aigüe. Deux personnes sont venues me chercher et m’ont porté sur le côté pour une 1ere intervention rapide des médics. Jeter un coup d’œil rapide et mettre un premier bandage. Les médics m’ont ensuite porté dans le parc japonais pour être plus au calme et pratiquer des soins plus poussés. Toujours aussi douloureux à chaque à-coup et impossible de marcher. Les médics nous ont laissé pour repartir vers le champ de bataille. Nous sommes restés quelques minutes avec ma copine avant de devoir de nouveau partir, en me faisant toujours porter, car les CRS chargeait dans le parc. Enfin nous avons rejoint un petit groupe de médics et blessés (3 déjà, tirs de flashball dans la jambe, tempe, hanche). Nouvelle intervention sur ma plaie. Toujours abondamment saignante et ça avait « doublé » de volume au niveau de l’impact. Une des médics émet la possibilité d’une fracture du tibia. Les pompiers arrivent, prennent les infos des blessés, s’organisent et je pars vers la clinique à 17h avec un autre blessé (à la tempe). À la clinique j’apprends que mon tibia est bien fracturé et pas forcément si bien fracturé justement. Je passe aux urgences. On me fait 3 points de suture et on me met une attelle pour une dizaine de jour, le temps de la cicatrisation. 12j plus tard, le 20 décembre je retourne à la clinique. La plaie n’est toujours pas cicatrisée et avait mal été recousue. Anesthésie générale, nettoyage (entre autres) de la plaie puis 5 points de suture et je me suis réveillé plâtré des orteils à la mi-cuisse gauche, avec une fenêtre ouverte au niveau de l’impact pour que les infirmiers puissent continuer à changer le pansement chaque jour jusqu’à cicatrisation. Il a donc bien fallu me résoudre au fait que j’allais rester cloué au lit à Toulouse pendant un certain moment. Et donc fini les fêtes de noël en famille et à (sous) Paris, fini le réveillon de nouvel an avec ma copine à Berlin, annulation d’un projet photo en cours qui me tenait à cœur et grosse pause forcée pour ce qui constituait pas mal de mes occupations depuis environ 2 ans. Mes photos assez atypiques qui demandent nécessairement deux tibias (@Yannonymous Photography) et le parachutisme de loisir. Aujourd’hui ça va mieux. Le plâtre est toujours encombrant mais je me déplace beaucoup plus facilement. Mes aptitudes à l’équilibre et le sautillement jambe droite se sont nettement améliorées. Un ami a customisé mon plâtre, ce qui permet de créer facilement et rapidement des échanges avec beaucoup de gens quand je sors. Ils le trouvent très original et me demandent rapidement ce qui s’est passé. Les sujets type GJ et violence policière arrivent donc tout naturellement. La douleur physique est quasiment partie mais le choc psychologique est toujours présent. Avant, lorsque je voyais les vidéos et images de blessés/mutilés, que j’entendais les cris de souffrance/détresse, ça m’énervait et me donnait envie d’être encore plus présent au cœur de ce mouvement, de ces révoltes. Aujourd’hui, ça continue de m’énerver mais ça me rend triste, me fait pleurer facilement et a tendance à me faire peur. M’imaginer un CRS me braquer avec son arme ne me fait plus autant « rigoler » et m’effraie parfois. Aussi, je me sens triste de devoir me poser des questions que je ne me posais pas forcément avant. Est-ce bien utile de retourner manifester ? Car si le programme est d’y aller tous les samedis de l’année, et partir quand les autorités le demande à coup de lacrymos, je ne vois pas trop l’intérêt (et ce n’est pas le fameux grand débat qui va changer les choses…juste nous proposer de voter ce qu’ils auraient décidé sans notre accord s’il n’y avait pas eu de révoltes…). Faut-il se protéger ? Car en étant protégé, on ne craint pas les lacrymos mais on devient coupable de gêner la police dans l’exercice de ses fonctions quand elle cherche à faire évacuer un endroit supposé à risque. Si toutefois on se sert de protection dans ce but, même sans relancer quoi que ce soit. Être protégé et réagir de la même manière que ceux qui ne le sont pas revient au même que ne pas être protégé. Est-ce que je ne risque pas de me prendre un tir de flashball à travers un écran de fumée alors que je suis 50m plus loin et ne fais rien ? Faut-il investir dans encore plus de matériel de protection au risque de finir au commissariat pour tentative de trouble à l’ordre public ? Et la question la plus douloureuse : ont-ils réussi leur coup en me/nous faisant peur de descendre dans les rues pour défendre nos droits ? Je tiens à remercier tous les médics qui sont sans arrêt au taquet pour nous soigner/sauver. Vous êtes géniaux et vraiment merci infiniment d’être là et prendre soin des blessés au risque, parfois et malheureusement, de vous faire tirer dessus aussi. Merci aussi à tous ceux qui continuent de résister au risque de blessures et mutilations, ceux qui sont prêt à se faire tirer dessus lorsqu’ils vont ramasser les gens au sol et simplement vous tous qui continuez de risquer votre santé physique rien qu’à manifester... Pour terminer, j’ai une énorme pensée (et pas qu’une seule) pour tous les blessés et mutilés, trop souvent pacifistes, qui ont eu/auront une partie de leur vie anéantie dû à ces terribles violences étatiques. Mon histoire n’est, heureusement (c’est triste à admettre), que celle d’un mec de la trentaine, sans enfant ni réel boulot lucratif, qui s’est juste fait casser le tibia. Je pense donc à tous ceux qui ont perdu un œil, une main, un pied, l’audition et autres séquelles qu’ils porteront toute leur vie. Je ne sais pas trop quoi vous dire, j’ai presque honte d’avoir écrit tout ça. Juste envie de vous dire courage et merci. J’espère sincèrement qu’un jour, vous pourrez être reconnu en tant que « héros », « défenseurs des droits » ou je ne sais quoi d’autre... Merci pour la lecture Bon courage à tous. Yann. | France Entubée
📌‼️🔴Voilà encore un témoignage hyper poignant de Yann 33 ans de Toulouse ➡️ Voici ci-dessous son récit 🗣️J’ai 33 ans (j’en avais 32 le jour J), né au Mans et à Toulouse depuis environ 6 ans, en…
Manifestation
Acte 4 des Gilets Jaunes
121 signalements
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Juridique
Poursuites
Pas de suites connues
Signalement
ID Unique
3445
Statut
Vérifié
Doublons
Unique
Mise à jour
24 novembre 2023

651
Victimes graves recensées ayant nécessité une prise en charge médicale ou gardé des séquelles, plus de 1 victime sur 10.
Victimes graves 
8 224
Victimes et faits recensés de violences et d'abus policiers recensés depuis 2018 en France.
Signalements récents 
8 241
Lieux de vie informels expulsés par les forces de l'ordre depuis 2018 en France.
27 500
Victimes estimées de violences policières pour les seules manifestations Gilets Jaunes et Retraites.